






Un anglais farfelu et iconoclaste a donné naissance au rugby pour avoir, un jour, pris dans ses mains un ballon de foot, dans l'enceinte du collège de sa ville, Rugby.
Ainsi est née la tradition, très british, de ce sport fondé sur le modèle des us et coutumes des établissements scolaires. Par exemple, les fameuses capes, ces bonnets ronds que l'on distribue aux nouveaux internationaux, sont les mêmes que la coiffe aux couleurs de l'école. Les pays qui composaient l'Empire ont tous hérité de ces caractéristiques.
En France, le rugby s'est enraciné plus particulièrement dans le Sud et plus précisément dans le Sud-Ouest, dans cette terre du radical-socialisme et du cassoulet. Il a perdu son côté aristrocratique selon la fameuse maxime "un sport de voyous pratiqué par des gentlemen" pour se patiner au fil des années avec la truculence, la convivialité. S'il a perdu ses titres de noblesse, il a gagné celle du coeur.
Cliché direz-vous ? Peut-être... ! Mais ce caractère, forgé dans le désir de pérenniser le terroir, a donné à ce sport un art de vivre et un esprit de tolérance que beaucoup d'autres ne possèdent pas. En l'an 2000, le rugby connait une crise de croissance avec le passage au professionnalisme. Comment concilier les vertus traditionnelles et l'argent ? Les grands clubs privilégient une élite réduite, des matchs en plus petit nombre mais de qualité supérieure pour obtenir les droits de la télévision, véritable manne financière.
Et les autres ? Ceux qui, comme La Voulte, champion de France en 1975, à la barbe des Toulouse, Lourdes, Béziers, Montferrand, Cognac, Dax ou Mont de Marsan, clubs huppés de l'époque. Certains ont connu les vicissitudes de l'exigence économique et se contentent de jouer avec la masse des sans-grades. Sans grades ne veut pas dire sans passion, sans fougue, sans foi.
Bien loin de l'élite, mais confrontés avec plus d'acuité aux problèmes d'argent, pour faire vivre leurs équipes depuis la première jusqu'aux minimes, des centaines de clubs, comme l'U.S. Montmélian, entretiennent la flamme. Dans des terres éloignées du giron familial, confrontée à la rude concurrence d'autres sports, collectifs ou individuels, elle veille, sentinelle avancée, à inculquer toutes les valeurs que des générations d'anciens ont forgées. Elle s'incruste dans le terroir savoyard, où, si on n'a pas l'exubérance des Gascons, on sait recevoir et ouvrir largement son coeur, une fois la confiance installée.
Patiemment, des éducateurs façonnent de nouvelles pousses qui, un jour, peut-être, quitteront le nid pour aller briller ailleurs sous les sunlights. Maix ceux qui restent, comme ceux qui s'en iront, ceux qui, année après année, gravissent les échelons du club, garderont toujours au fond d'eux-même, l'amour des couleurs "vert et noir". "L'essentiel est invisible aux yeux" faisait dire Saint-Ex au renard. Loin des caméras, les dirigeants, les joueurs, les supporters, tissent la toile de l'amitié, celle qui ne se voit qu'avec le coeur.
![]()
Pierre SAMARD
Le Dauphiné Libéré - Printemps 2000